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Citons-precis.com/citations

Voir et revoir : Eloge de la langue française (1/3)

1 Mai 2017 , Rédigé par Daniel Confland Publié dans #textes, #gens connus, #mesaphorismes

 

Mots-clefs : langue française, langage, français, mots, grammaire, citations, aphorismes.

Une première version de cet article a été publiée sur le site en septembre 2015.

 

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" Ma patrie,

c'est la langue française "

 

 

Tel est le cri du coeur d'Albert Camus quelques jours après avoir reçu le Prix Nobel littérature en 1957 . C'est aussi un chef d'oeuvre en péril ! Prière de ne pas laisser percer l'ironie à son propos. On ne touche pas au monument !

Pourtant, "on ne se moque bien que de ce qu'on aime", postule Jean-Loup Fournier. Et moi qui suis un adepte du "gentil persiflage" (voir à ce sujet l'article de Citons-precis.com), j'emprunte en substance une périphrase à son propos : " On peut parler plaisamment des choses sérieuses et sérieusement des choses plaisantes !"

Et réciproquement.

Parler plaisamment de notre chère et belle langue, juste le temps de cet article, n'est-ce pas justement saisir l'occasion d'en parler "tout court", et la faire parler, dans quelques unes de ses innombrables et merveilleuses facettes. Et laisser un moment les langues mortes au vestiaire.

Autant s'y efforcer, avec l'humilité qui convient pour ce qui nous dépasse, mais nous rassemble aussi !

DC

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Quelques pistes pour conforter la langue française ?

Certains me reprocheront peut-être d'utiliser ici des exemples tirés du recueil de mes 350 aphorismes (voir ci-contre pour y accéder), mais, à ma décharge, c'est la matière que je connais le mieux ! J'indiquerai un astérisque à chaque emprunt.

°°°

Notre belle langue française se racornirait si elle devait laisser en chemin tant de mots pourtant utiles à la pensée et se réduire à un vocabulaire de perroquet. Elle s’étiolerait aussi sans coup férir en refusant emprunts et créations nouvelles, seuls à même de lui conférer une place éminente dans la modernité.

En premier, autant que nous sommes, nous devrions remettre à l’honneur tous ces noms désuets et charmants de notre patrimoine linguistique. Soit dans un commissariat la phrase : « M…, le présumé coupable nous a raconté des craques ! » deviendrait en empruntant au style fleuri : « Saperlipopette, le présumé innocent nous a conté moult calembredaines ! ». L’oreille, le langage et la machine judiciaire y gagneraient indéniablement en distinction ! (*)

En second lieu, vient l’essentielle promotion des apports à la langue. Il est de fait impératif de laisser libre cours à l’efflorescence des néologismes. Ainsi en est-il du mot ridiots. Ce nom masculin s’employant uniquement au pluriel, sans racine précise, a fait irruption, il paraîtrait, dans le langage usuel. Sans qu’on en connaisse véritablement la signification. Le dialogue ci-dessus, surpris entre deux amis, peut éventuellement donner une idée du sens :

- Vous avez les ridiots ?

- Pas vus, je croyais que c’était vous qui aviez les ridiots

- Non…ce serait vraiment bête de les avoir perdus

- Ben, ils ne sont sûrement pas loin, avant demain vous aurez retrouvé les ridiots

- Chouette, vous aviez raison, en soulevant les rideaux, j’ai retrouvé les ridiots !

- Vous voyez bien…(*)

Au cas où vous ne seriez pas plus avancé, n’en soyez pas outre mesure affecté, tant il est vrai à présent que nous utilisons couramment plein de choses innovantes dont nous n’avons vraiment aucun besoin. Et, de plus, nous avons la fâcheuse manie de les qualifier en anglais !

En troisième lieu, alors que nous sommes entrés dans la civilisation de l’image, il est vital pour la langue, et ce rôle revient à la littérature, que les livres se déploient plus qu’auparavant vers le langage imagé.

Ainsi, même publié chez Gallimard, il serait bon que toute l’intrigue d’un roman se dévoile dès la première phrase, en employant un style imagé, soit : "Au bout de trente piges où il n’en finissait pas de vivre à la colle avec sa rombière, il n’en avait plus rien à cirer de faire reluire bobonne". Dès ces quelques lignes, il est en effet évident d’imaginer un couple à la dérive auquel plus rien de bon ne peut arriver désormais…(*)

N’hésitons pas non plus, afin de garantir la pluralité de langage dans ses multiples facettes, de maintenir l’usage de nos délicates figures de style et de rhétorique.

User de métaphores est, de la sorte, une autre façon d’imager le langage et d’élargir à l’infini la palette des émotions qu’elle véhicule. En voici un exemple :

"L'ambition est comme le saut en hauteur : avant de prétendre sauter plus haut, il faut d'abord savoir mettre la barre à la hauteur où l'on peut la franchir." (*)

Attention cependant aux emplois - aux contre-emplois, en vérité - de la langue anglaise pour illustrer des analogies dont le bon sens et le sens du patriotisme voudraient qu’elles restassent dans la langue de Molière : si l’on doit filer des métaphores, autant éviter de les filer à l’anglaise.

L’euphémisme constitue également dans le genre un exemple patent, à distinguer toutefois de la litote. Ainsi, prétendre de façon détournée qu’on ne saurait mieux faire que de recommander l’usage de l’euphémisme dans le discours est une litote, alors qu’affirmer sans ambages que c’est peu dire qu’on n’y apprécie pas la litote est un euphémisme. (*)

Bon, d'accord ,le lecteur restera peut-être dubitatif devant cette illustration, pourtant digne de foi. Ceci pour dire que la langue n’est pas toujours simple !

Raison de plus pour éviter que la langue gagne en complexité pour sacrifier à la mode technologique, qu’elle ne devienne tel un écheveau emmêlé. Car on n’a vraiment pas besoin pour sa défense d’un écheveau sur la langue !

Raison de plus encore pour proscrire des us linguistiques la désastreuse pratique du jargon qui encombre et obscurcit la compréhension. Il est sûr que deux pédants partageant la même once de savoir jargonneront de pareille façon. Heureusement, en dehors de ce cas, dont le vulgum pecus est ordinairement exclu, la pédanterie n’est perçue que par ceux qui n’en font pas, et s’en gaussent…(*)

Proclamons donc que le jargon est au discours ce que les épices sont à une nourriture médiocre : il rehausse la saveur sans élever pour autant la qualité ! (*)

Encore un mot à propos des définitions de mots ou d’expressions. Il serait bon souvent de les préciser pour en améliorer le sens. Rien n’empêche pourtant de recourir à quelque fantaisie pour donner à sourire là où on gagne en justesse. Telle la définition suivante, non dénuée de référence historique :

Ribaude sur le retour : poule du temps jadis dont les hommes dédaignaient la consommation en refusant de mettre au pot. (*)

Mais quelles définitions donner de la langue ?

- La langue est un bonbon pensant : mettre les mots en bouche met les idées en place ! (*)

- N'est-elle pas d'ailleurs : " ...la mère, non la fille, de la pensée " (Karl Kraus)

Et sûrement la plus poétique de toutes :

"La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle." (Anatole France).

D’accord. Mais c’est l’Homme, en revendiquant ses droits, qui lui a fait la plus belle des déclarations !

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Anatole France, Prix Nobel de littérature en 1921, photo Fondation Nobel, Wikipédia CC

Anatole France, Prix Nobel de littérature en 1921, photo Fondation Nobel, Wikipédia CC

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A suivre !

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