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Necker, ministre des finances de Louis XVI, et l'opinion publique : une citation pour illustrer leurs rapports

9 Avril 2021 , Rédigé par Daniel Confland Publié dans #gens connus

 

Aujourd'hui 9 avril : jour anniversaire de la mort de Jacques Necker. On lui doit cette citation sur la force de l'opinion publique, qu'il s'est efforcé d'utiliser à son profit dans son action au service de l'Etat, et qui fini par lui faire défaut :

 

La plupart des étrangers ont peine à se faire une juste idée de l’autorité qu’exerce en France l’opinion publique […] puissance invisible qui, sans trésors, sans gardes et sans armée, donne des lois à la ville, à la cour et jusque dans le palais des rois.

Jacques Necker

 

Jacques Necker (1732-1804) est un connaisseur en matière d'opinion publique, car il en a beaucoup joué, s'appuyant sur elle pour faire avancer ses vues. Mais au final, c'est l'opinion publique qui aura raison de lui.

Bref retour en arrière. D'abord simple commis de banque à Genève, Necker monte rapidement les échelons de la profession grâce à des talents indéniables (on le surnommera l'Enchanteur de la finance, bien plus tard), devient associé d'un établissement connu sur la place de Paris, contribue au renflouement de la Compagnie des indes orientales et fait finalement fortune. 

Remarqué par la Cour et le roi, il est nommé d'abord Directeur général du Trésor royal, puis prend les rênes du ministère des finances. A l'époque, les finances de l'Etat sont en ruine : en cause les privilèges et les guerres : celle de l'ancienne guerre de Sept Ans, puis la guerre en Amérique. Pour rétablir le Trésor, Necker a une doctrine à laquelle il se tiendra : il faut réformer l'Etat sans augmenter les impôts, diminuer la charge des pensions et emprunter "quoi qu'il en coûte" (sous forme de rentes viagères) pour se donner des marges de manœuvre, notamment pour financer l'effort de guerre. Le ministre s'est par ailleurs attaqué à la Ferme générale qui gère la collecte des impôts, mais est aussi un repaire de privilèges et de gabegie (mais aussi une source constante du mécontentement populaire). Puis c'est du Parlement de Paris dont il s'attire les foudres. La haute noblesse, enfin, complote contre Necker car elle craint les mesures fiscales possiblement prises à son encontre. Tout ceci rend le ministre plutôt populaire dans l'opinion, mais le roi, dont on connaît déjà la pusillanimité, s'émeut et renvoie son ministre en mai 1781.

Pour peu de temps, car la situation financière loin de s'améliorer tend à s'aggraver. Les questions politiques s'exacerbent. Necker est rétabli dans ses fonctions en 1788 et nommé ministre d'Etat. L'opinion publique le soutient dans les nouvelles mesures qu'il prend - l'argent des emprunts paraît magique - et parce qu'on lui attribue la convocation des Etats Généraux. Mais ce n'est qu'un feu de paille : le roi, aiguillonné par la reine et la Cour, trouve le ministre trop conciliant vis à vis du Tiers-Etat. Et le souverain procède de nouveau à son licenciement le 11 juillet 1789. L'opinion s'agite en sa faveur.

Le 14 juillet a lieu la prise de la Bastille : nouveau rappel du renvoyé, le 16 juillet. Il est nommé Premier ministre des finances. L'Assemblée constituante refuse à Necker les emprunts classiques qu'il préconise, jugeant qu'il s'agit d'expédients. S'adressant au roi, Mirabeau fustige les projets du ministre en ces termes :

"le Ministre actuel des finances ne se chargera point de diriger, comme elle doit l’être, la grande opération des assignats-monnaie. Il ne revient pas facilement de ses conceptions et la ressource des assignats-monnaie n’a pas été conçue par lui ; il s’est même déterminé à la combattre. Il n’est rien moins qu’en bonne intelligence avec l’Assemblée nationale. Il ne gouverne plus l’opinion publique. On attendait de lui des miracles et il n’a pu sortir d’une routine contraire aux circonstances."

Cette fois, alors que les troubles deviennent paroxystiques et que l'anarchie règne, il est trop tard pour s'appuyer sur une opinion publique qui est, soit hystérisée, soit tétanisée par la situation. Necker voit qu'il ne contrôle plus rien et que le roi n'est pas en meilleure posture. Il en tire les conclusions en démissionnant le 4 septembre 1790.  Necker se retire définitivement en Suisse, en son château de Coppet près de Genève.

 

DC

 

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Necker

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Jacques Necker, par Joseph Siffrein-Duplessis, Château de Versailles, Wikipédia CC.

 

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