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"Parce que c'était lui, parce que c'était moi.", la citation culte de Montaigne sur son amitié avec La Boétie

29 Juillet 2021 , Rédigé par Daniel Confland Publié dans #gens connus;

 

 

Quand on parle de l'amitié, ce bien si précieux qui unit deux êtres, quelle phrase cite-t-on en exemple pour mieux la définir ? 

"Parce que c'était lui, parce que c'était moi".

Nul besoin, donc, de faire des détours amphigouriques, d'emprunter des périphrases alambiquées et autres explications en tous genres pour rendre compte de cette alchimie, en fait inexplicable et indicible.

L'auteur de cette phrase, c'est Michel de Montaigne (1533-1592), l'auteur des célèbres Essais, divisés en tomes et chapitres, dont l'un s'intitule précisément l'Amitié. Commencée en 1572, la rédaction des Essais s'achève par leur publication en 1580 avec deux premiers tomes, un troisième venant en 1588.

Et à quel ami cette phrase s'adresse-t-elle ? A l'inoubliable auteur du Discours de la Servitude volontaire, Etienne de La Boétie (1530-1563). Les deux hommes se rencontrent au Parlement de Bordeaux, où ils sont tous deux Conseillers. Leur amitié se noue en 1558 et durera jusqu'à la mort de La Boétie en 1563. La rencontre est un véritable coup de foudre, qui débouche sur une sorte de fusion entre les deux hommes que Montaigne décrit en ces termes dans son traité de l'amitié :

Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu'accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s'entretiennent. En l'amitié de quoi je parle elles se mêlent et confondent l'une en l'autre, d'un mélange si universel, qu'elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu'en répondant : « Parce que c'était lui ; parce que c'était moi. »

(...)

 Et à notre première rencontre, qui fut par hasard en une grande fête et compagnie de ville, nous nous trouvâmes si pris, si connus, si obligés entre nous, que rien dès lors ne nous fut si proche que l'un à l'autre.

(...)

Ce n'est pas une spéciale considération, ni deux, ni trois, ni quatre, ni mille : c'est je ne sais quelle quintessence de tout ce mélange, qui ayant saisi toute ma volonté, l'amena se plonger et se perdre dans la sienne ; qui, ayant saisi toute sa volonté, l'amena se plonger et se perdre en la mienne, d'une faim, d'une concurrence pareille. Je dis perdre, à la vérité, ne nous réservant rien qui nous fût propre, ni qui fût ou sien, ou mien.

Et cette amitié, ajoute Montaigne, elle ne saurait "être double", car elle est en fait exclusive de toute autre. A la mort prématurée de son ami, victime de la peste, Montaigne restera inconsolable. Les spécialistes de son oeuvre soulignent le rôle de cette amitié dans la rédaction des Essais, en dépit des disputes et divergences d'opinion qui la traversèrent. La Boétie pressentit que cette amitié demeurerait légendaire par delà les siècles : dans un des poèmes qu'il adresse à Montaigne, il lui écrit :

"Si le destin le veut, la postérité, sois-en sûr/Portera nos deux noms sur la liste des amis célèbres."

Daniel Confland

 

Deux sources à consulter parmi d'autres :

https://www.lemonde.fr/vous/article/2005/06/21/parce-que-c-etait-lui-parce-que-c-etait-moi_664483_3238.html

http://philocite.blogspot.com/2017/01/parce-que-cetait-lui-parce-que-cetait.html

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Outre qu'elle figure en bonne place dans toutes les bonnes références à l'amitié, le matériau de la phrase Parce que c'était lui, parce que c'était moi  a été réutilisé sous d'autres formes et dans d'autres contextes. En voici deux exemples :

- Lui c'est lui et moi c'est moi.

Cette célèbre phrase a été prononcée en 1984 par Laurent Fabius, alors jeune premier ministre de François Mitterrand, lors d'une émission télévisée. Elle voulait souligner un clair partage des responsabilités dans l'exercice du pouvoir : A Mitterrand, le régalien, à Fabius, l'économique et le social. Mais plus encore, elle inférait abruptement une différence de caractère et de méthode.

Les mitterrandôlatres y virent l'insolence d'un jeune arrogant. Les bons connaisseurs du pouvoir s'en moquèrent qui sont témoins de la verticalité du pouvoir sous la Vème République, certains Présidents n'hésitant pas à se mêler de tout.

- Parce que c'était moi, parce que c'était lui.

Cette phrase, aux termes inversés par rapport à l'aphorisme original, est le titre d'une chanson de Michel Sardou et Jean-Loup Dabadie dont voici le début des paroles, et le refrain qui revient tout au long de la chanson :

Mais qu'est-ce que je pouvais bien faire
D'un ami qui n'aime pas la nuit
Qui tenait ni la bière, ni la mer
Qui appelait la musique du bruit
Il était doux de caractère
Il aimait les plages sous la pluie
C'était tout à fait mon contraire
On était pourtant deux amis
 
Parce que c'était moi
Parce que c'était lui.
 
Source :
 
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A consulter absolument sur le blog :

 http://www.citons-precis.com/2021/06/30-citations-d-etienne-de-la-boetie-tirees-de-l-inoubliable-discours-de-la-servitude-volontaire.html

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