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La Polissonnerie, un poème érotique de Voltaire

29 Décembre 2020 , Rédigé par Daniel Confland Publié dans #gens connus

Tags : Voltaire - polissonnerie - gaillardise - érotisme - sensualité - amour - poésie.

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Voltaire, un misogyne polisson ?

Voltaire (1694-1778) est volontiers taxé de misogynie, jugeant les femmes inférieures aux hommes, physiquement d'abord, mais aussi par l'esprit : bien que certaines puissent s'avérer "savantes", elles seraient dénuées d'invention créative, par exemple. En revanche, il reconnaît  aux femmes un esprit d'agrément. en société, et en ce qu'il apporte au désir masculin.. A l'aune d'aujourd'hui, c'est évidemment détestable, mais à l'époque du Maître de Ferney, cette opinion était fort répandue.

Ce qui n'empêche pas Voltaire d'avoir aimé le commerce des femmes et même, s'agissant de l'un des amours de sa vie, Madame du Châtelet, avec laquelle il a entretenu une liaison de quinze années, de l'avoir admirée pour son intelligence et sa culture, elle qui fut la traductrice de Newton. Voltaire s'est aussi habilement servi des femmes pour s'élever socialement.

Autre paradoxe, dans son uvre littéraire, Voltaire accorde aux femmes une place importante. Mais le fondement n'en est pas l'érotisme. Au fil de sa correspondance, notre philosophe peut parfois se montrer plus "leste", mais il ne verse pas dans le graveleux pour autant. Le poème "La polissonnerie", dont le texte est rapporté ci-dessous, est donc à la fois une exception et un hommage libre aux relations amoureuses, fussent-elles parfois contrariées.

 

DC

Voltaire à l'âge de 41 ans, d'après Maurice Quentin-Latour, Musée Antoine Lécuyer, Wikipédia CC.

 

La Polissonnerie (ou La Gaillardise, autre titre employé)

 

Je cherche un petit bois touffu,
Que vous portez, Aminthe,
Qui couvre, s’il n’est pas tondu
Un gentil labyrinthe.
Tous les mois, on voit quelques fleurs
Colorer le rivage ;
Laissez-moi verser quelques pleurs
Dans ce joli bocage.

– Allez, monsieur, porter vos pleurs
Sur un autre rivage ;
Vous pourriez bien gâter les fleurs
De mon joli bocage ;
Car, si vous pleuriez tout de bon,
Des pleurs comme les vôtres
Pourraient, dans une autre saison,
M’en faire verser d’autres.

– Quoi ! vous craignez l’évènement
De l’amoureux mystère ;
Vous ne savez donc pas comment
On agit à Cythère ;
L’amant, modérant sa raison,
Dans cette aimable guerre,
Sait bien arroser la gazon
Sans imbiber la terre.

– Je voudrais bien, mon cher amant,
Hasarder pour vous plaire ;
Mais dans ce fortuné moment
On ne se connait guère.
L’amour maîtrisant vos désirs,
Vous ne seriez plus maître
De retrancher de nos plaisirs
Ce qui vous donna l’être.

Voltaire

Source : https://www.poetica.fr/poeme-776/voltaire-polissonnerie/

 

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A voir aussi : 

- Un échange de correspondance érotique entre Musset et George Sand :

http://www.citons-precis.com/2019/09/un-echange-de-correspondance-erotique-entre-musset-et-george-sand.html

- Ma pensée poétique du jour (un peu coquine) : Le débit amoureux :

http://www.citons-precis.com/2017/05/ma-pensee-poetique-du-jour.html

- Le coin un peu coquin de Citons-precis.com : Le Comte dépité, pensée poétique :

http://www.citons-precis.com/2016/09/le-coin-un-peu-coquin-de-citons-precis-com-le-comte-depite-pensee-poetique.html

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