Introduction au thème de la vocation (première partie)
"Dans la vie, on ne fait pas ce qu'on veut, on fait ce qu'on peut" ce n'est sûrement pas dans ce bon sens proverbial qu'on ira puiser une vocation. Pas davantage dans cette évidence : "Nous sommes tous voués à disparaître." Voilà, dirait-on, une vocation de résignation et non de conviction.
Les dictionnaires n'incitent pas à plus d'optimisme tant les premiers termes de leurs définitions de la vocation sont neutres et à la limite fades : une inclination, un penchant. Incliner à, pencher vers, on y va, certes, mais sans engagement excessif. Avec la vocation désignée comme un objectif, on avance un peu, on s'emploie, on se motive pour l'atteindre, mais un objectif n'est pas forcement personnel, il peut être fixé par quelqu'un d'autre, un patron par exemple. Si l'on ose dire, on monte en gamme en matière de vocation lorsqu'un nouveau synonyme est convoqué par les dictionnaires : la mission. Outre celle qui motive les missionnaires, dont on reparlera, il est de nombreuses terres de mission où peut s'exercer une vocation : celle de transmettre par l'enseignement, l'action humanitaire, le sauvetage en mer ou en montagne, celle du pompier volontaire, etc.
Ce n'est qu'avec la vocation assimilée à la destinée, qu'on change enfin d'échelle, non que le hasard soit le déterminant qui actionne ici un individu, mais parce que cet individu prend conscience que sa vie, sa destinée sur terre, est d'accomplir cette vocation. A ce prisme, la vocation s'apparente à un besoin impérieux, une force intérieure irrépressible. Anticipons les citations ci-dessous avec celle d'Ernest Renan : “La vraie marque d'une vocation est l'impossibilité d'y forfaire, c'est-à-dire de réussir à autre chose que ce pourquoi l'on a été créé.”
Etymologiquement, la vocation est un "appel". Longtemps, avant que la vocation s'applique à quantité d'autres domaines, cet appel à été ressenti par les hommes de la Chrétienté comme une demande de Dieu à vouer sa vie à l'aimer et le servir, notamment en entrant en religion. Mieux, la vocation religieuse peut être le signe de la prédestination, la marque des élus qui seront choisis par Dieu pour être sauvés. C'est le service de Dieu qui motivait chez le missionnaire catholique la conversion - de gré ou de force - de nouvelles âmes. Et aujourd'hui le prosélytisme armé ou subreptice d'autres religions ou idéologies sert encore malheureusement de carburant à des "vocations" malintentionnées.
Une confusion se fait naturellement entre vocation et passion. Elle ne convient pas : en amour, une passion peut être incandescente, elle peut durer en l'état un certain temps, mais viendra celui de son achèvement, alors que la véritable vocation ne connaît aucun relâchement. Quant à la passion qui s'apparente aux hobbies, elle n'a rien à voir, même si on s'y adonne avec ferveur.
Toutes les vocations ne se ressemblent pas ou, dit autrement, toutes n'empruntent pas le même cheminement. D'abord, parce que ce chemin est personnel par essence. On peut présumer en second lieu qu'ici ou là, dans tel pays, dans telle civilisation, à telle période de l'Histoire que les vocations ne sont pas - n'étaient pas - de même nature. Le progrès, qu'il soit technique ou éthique, fait émerger au fil du temps de nouvelles exigences individuelles au service de vocations nouvelles. Surtout, l'itinéraire d'une vocation est rarement linéaire. Et il est rarement pavé de roses. Les vocations suscitées par un tiers - un prof, un prêtre, un parent artiste ou militaire (l'appel de la patrie ! ) n'est pas de moindre valeur que les autres, car c'est la volonté et les moyens qu'on se donne pour accomplir sa destinée qui valent. Un talent, voire un don n'y suffisent d'ailleurs pas : ce n'est pas parce qu'un chanteur veut en faire son métier et qu'il a de la voix qu'il trouvera sa voie !
On ne compte pas les vocations contrariées, mais on ne parvient à sa vocation qu'en repartant de plus belle, sans se décourager : "La vocation se mesure à la manière de se relever de ses échecs." a dit avec justesse la comédienne Marina Hands. Il arrive cependant qu'on abandonne purement et simplement sa vocation en cours de route. Le séminariste qui découvre que sa foi n'est pas aussi robuste qu'il le pensait, un soignant désillusionné par les conditions d'exercice dans le monde hospitalier d'aujourd'hui peuvent renoncer : il leur faudra trouver une autre manière de s'épanouir, mais ce ne sera plus à proprement parler dans le registre d'une vocation. Car si la vie a un sens, il est parfois giratoire ! Certaines vocations sont dites "rentrées" car le sujet, soit n'a pas cru en lui, soit a été découragé par son entourage. Elles sont dommageables car la cause de regrets et de frustrations, quels que soient les succès obtenus par ailleurs. Cette personne est quand même responsable en fin de compte de ne pas avoir tout tenté pour parvenir à son idéal de vie.
Enfin, il y a sans doute les pires parmi les vocations : les vocations ratées. Celles qui ne vont pas au bout, quels que soient les efforts inlassablement répétés qu'une volonté indomptable a mise à son service. Car s'il y a des vocations toutes tracées, et qui réussissent, il y des vocations ratées, qui laissent des traces !
Daniel Confland
A suivre : la vocation, 30 citations sur le thème (seconde partie)
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