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5 poèmes de Clément Marot célébrant l'amour et la gaillardise

17 Avril 2022 , Rédigé par Daniel Confland Publié dans #gens connus;

 

L'œuvre poétique de Clément Marot (1496-1544) constitue un passage de témoin entre la poésie du XVème siècle et le mouvement de la Pléiade, dans lequel s'illustreront notamment Ronsard et Du Bellay. Sa poésie, entièrement en vers, comporte une partie proprement religieuse, dont la traduction, versifiée et organisée en strophes de psaumes de la Bible, en vue de les faire chanter par les fidèles. L'autre partie est plutôt profane, avec des recueils comme les Opuscules, les Elégies, les Epîtres, les Epigrammes, etc.

La qualité de poète officiel à la Cour de François Ier, la protection de la sœur du souverain, Marguerite de Navarre, obtenue dès ses premiers succès littéraires, n'empêcheront pas Clément Marot de connaître de nombreux ennuis judiciaires au long de sa vie, qui le conduiront en prison et à l'exil à plusieurs reprises, en raison de son protestantisme. Il finira d'ailleurs par abjurer cette religion en 1536 pour revenir en grâce.

DC

Portrait présumé de Clément Marot, Corneille de Lyon, Musée du Louvre, Wikipédia CC.

 

De l'amoureux ardent

Au feu, qui mon cœur a choisi,
Jetez-y, ma seule
Déesse,
De l'eau de grâce et de liesse,
Car il est consommé quasi.

Amour l'a de si près saisi
Que force est qu'il crie sans cesse
Au feu.

Si par vous en est dessaisi,
Amour lui doint plus grand détresse,
Si jamais sert autre maîtresse :
Doncques, ma dame, courez-y
Au feu.

Le beau tétin

Tétin refait (1) , plus blanc qu'un œuf,
Tétin de satin blanc tout neuf.
Tétin qui fais honte à la rose,
Tétin plus beau que nulle chose ;
Tétin dur, non pas tétin, voire,
Mais petite boule d'ivoire,
Au milieu duquel est assise
Une fraise, ou une cerise,
Que nul ne voit, ne touche aussi,
Mais je gage qu'il est ainsi.
Tétin donc au petit bout rouge,
Tétin qui jamais ne se bouge,
Soit pour venir, soit pour aller,
Soit pour courir, soit pour baller, (2)
Tétin gauche, tétin mignon,
Toujours loin de son compagnon,
Tétin qui portes témoignage
Au demeurant du personnage.
Quand on te voit, il vient à maints
Une envie dedans les mains
De te tâter, de te tenir.
Mais il se faut bien contenir
D'en approcher, bon gré ma vie,
Car il viendrait une autre envie.

ô Tétin ni grand, ni petit,
Tétin mûr, tétin d'appétit,

Tétin qui nuit et jour criez : «
Mariez-moi tôt, mariez ! »
Tétin qui t'enfle et repousse
Ton gorgias (3) de deux bons pouces
A bon droit heureux on dira
Celui qui de lait t'emplira
Faisant d'un tétin de pucelle
Tétin de femme entière et belle.

(1) refait : nouvellement formé, (2) baller : danser,  (3) partie du costume féminin ornant le cou, les épaules et une partie du corsage.

Des cinq points en amour

Fleur de quinze ans, si
Dieu vous sauve et gard',
J'ai en amours trouvé cinq points exprès :
Premièrement, il y a le regard,
Puis le devis, et le baiser après ;
L'attouchement le baiser suit de près ;
Et tous ceux-là tendent au dernier point,
Qui est...
Eh quoi ?
Je ne le dirai point,
Mais, s'il vous plaît en ma chambre vous rendre,
Je me mettrai volontiers en pourpoint,
Voire tout nu, pour le vous faire apprendre.

De celui qui entra de nuit chez s'amie

De nuit et jour faut être aventureux
Qui d'amours veut avoir biens plantureux.
Quant est de moi, je n'eus onc crainte d'âme,
Fors seulement, en entrant chez ma dame.
D'être aperçu des bavards dangereux.

Un soir bien tard me firent si peureux,
Qu'avis m'était qu'il était jour pour eux.
Mais si entrai-je, et n'en vint jamais blasme
De nuit et jour.

La nuit je pris d'elle un fruit savoureux ;
Au point du jour vis son corps amoureux,
Entre deux draps, plus odorants que basme .
Mon œil adonc, qui de plaisir se pâme,
Dit à mes bras : «
Vous êtes bien heureux
De nuit et jour. »

De la jeune dame qui a un vieux mari

En languissant et en griève tristesse
Vit mon las cœur, jadis plein de liesse,
Puisque l'on m'a donné mari vieillard.
Hélas, pourquoi?
Rien ne sait du vieil art
Qu'apprend
Vénus, l'amoureuse déesse.

Par un désir de montrer ma prouesse
Souvent l'assaus : mais il demande : « où est-ce ? »,
Ou dort (peut-être), et mon cœur veille à part
En languissant.

Puis quand je veux lui jouer de finesse,
Honte me dit : «
Cesse, ma fille, cesse,
Garde-t'en bien, à honneur prends égard. »
Lors je réponds : «
Honte, allez à l'écart :
Je ne veux pas perdre ainsi ma jeunesse

En languissant. »

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