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Citons-precis.com

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Citations, aphorismes, maximes, sentences, pensées poétiques...

Un poème de Émile Verhaeren : Novembre

Publié par Daniel Confland sur 8 Novembre 2025, 14:57pm

Catégories : #pensées poétiques

 

Les mois d'automne ont souvent inspiré les poètes. Nous y avons d'ailleurs consacré des articles dans ce blog, notamment avec 18 beaux poèmes sur cette saison (voir la référence en fin d'article), et plus récemment avec le poème du poète canadien William Chapman intitulé Octobre. Pourquoi cet intérêt marqué des poètes ? Parce que cette saison aiguise la mélancolie, le sentiment de solitude et de finitude, avec les jours courts, le ciel lourd et gris, la pluie et les arbres sans feuilles qui sont autant de squelettes lugubres.  D'ailleurs, les poètes ont souvent associé le spleen, ce sentiment de mélancolie et d'oppression de l'être, à l'automne.

Le poème ci-dessous, intitulé Novembre est d'Émile Verhaeren, un poète belge d'expression française.

DC

 

Emile Verhaeren (1855-1916), image Musée Émile Verhaeren, Saint-Amands, Belgique.

 

Novembre

Émile Verhaeren

Les grand’routes tracent des croix
A l’infini, à travers bois ;
Les grand’routes tracent des croix lointaines
A l’infini, à travers plaines ;
Les grand’routes tracent des croix
Dans l’air livide et froid,
Où voyagent les vents déchevelés
A l’infini, par les allées.

Arbres et vents pareils aux pèlerins,
Arbres tristes et fous où l’orage s’accroche,
Arbres pareils au défilé de tous les saints,
Au défilé de tous les morts
Au son des cloches,

Arbres qui combattez au Nord
Et vents qui déchirez le monde,
Ô vos luttes et vos sanglots et vos remords
Se débattant et s’engouffrant dans les âmes profondes !

Voici novembre assis auprès de l’âtre,
Avec ses maigres doigts chauffés au feu ;
Oh ! tous ces morts là-bas, sans feu ni lieu,
Oh ! tous ces vents cognant les murs opiniâtres
Et repoussés et rejetés
Vers l’inconnu, de tous côtés.

Oh ! tous ces noms de saints semés en litanies,
Tous ces arbres, là-bas,
Ces vocables de saints dont la monotonie
S’allonge infiniment dans la mémoire ;
Oh ! tous ces bras invocatoires
Tous ces rameaux éperdument tendus
Vers on ne sait quel christ aux horizons pendu.

Voici novembre en son manteau grisâtre
Qui se blottit de peur au fond de l’âtre
Et dont les yeux soudain regardent,
Par les carreaux cassés de la croisée,
Les vents et les arbres se convulser
Dans l’étendue effarante et blafarde,

Les saints, les morts, les arbres et le vent,
Oh l’identique et affolant cortège
Qui tourne et tourne, au long des soirs de neige ;
Les saints, les morts, les arbres et le vent,
Dites comme ils se confondent dans la mémoire
Quand les marteaux battants
A coups de bonds dans les bourdons,
Ecartèlent leur deuil aux horizons,
Du haut des tours imprécatoires.

Et novembre, près de l’âtre qui flambe,
Allume, avec des mains d’espoir, la lampe
Qui brûlera, combien de soirs, l’hiver ;
Et novembre si humblement supplie et pleure
Pour attendrir le cœur mécanique des heures !

Mais au dehors, voici toujours le ciel, couleur de fer,
Voici les vents, les saints, les morts
Et la procession profonde
Des arbres fous et des branchages tords
Qui voyagent de l’un à l’autre bout du monde.
Voici les grand’routes comme des croix
A l’infini parmi les plaines
Les grand’routes et puis leurs croix lointaines
A l’infini, sur les vallons et dans les bois !

 

In Les vignes de ma muraille, Recueil de poèmes, IIIème série, Mercure de France, 1899.

°°°

Quelques infos sur ce poète

Émile Verhaeren (1855-1916), né à Saint-Amands en pays flamand, est un poète belge d'expression française. Son œuvre est empreinte de symbolisme, un courant poétique notamment marqué par la quête du rêve, de l'intuition et du mystère derrière les apparences du réel. Ses aspirations personnelles en matière de progrès social font qu'il s'intéresse profondément à ces questions et qu'elles marqueront son œuvre littéraire. Le poète résidera le plus souvent en France, où il fréquente les milieux intellectuels de son temps.

Sa mort en, 1916 à Rouen, est singulière : venu y faire une conférence, au retour il tombe en gare sous les roues d'un train en partance, après avoir été poussé accidentellement par d'autres voyageurs.

 

En savoir plus sur la vie et l'œuvre du poète :

https://emileverhaeren.be/fr/biographie

https://fr.wikipedia.org/wiki/Émile_Verhaeren

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A voir sur le site :

18 œuvres poétiques sur l'automne parmi les plus belles et les plus originales.

 

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