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Citons-precis.com

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L'inaccessible réflexion sur le "Beau" : un extrait du roman de Flaubert "Bouvard et Pécuchet"

Publié par Daniel Confland sur 2 Septembre 2025, 09:37am

 

La genèse du roman

Qu'un individu qui ne se livrerait à la connaissance livresque que dans le seul objectif d'acquérir une somme de connaissances parcellaires à prétention encyclopédique n'aboutirait à rien d'autre qu'à montrer une bêtise pontifiante. '

Telle est l'idée de Gustave Flaubert (1821-1880) et la trame de l'histoire dans son roman inachevé qui paraîtra à titre posthume en 1881. L'auteur voulait produire un roman "ayant la prétention d'être comique" - c'est l'expression de Flaubert - car le contraste dans l'œuvre vient  de la boulimie de savoir et d'expérimenter tout sur tout des protagonistes, tandis que tout démontre qu'ils ne comprennent pas ce qu'ils étudient et échouent lamentablement dans ce qu'ils entreprennent.

Bouvard et Pécuchet, deux copistes de profession, se rencontrent par hasard sur un banc, se découvrent des goûts et des aspirations communs. Un héritage de Bouvard va permettre aux deux compères de quitter la ville et leur emploi et de s'installer à la campagne. Et c'est là que tout commence...

DC

 

Parmi les sources :  https://fr.wikipedia.org/wiki/Bouvard_et_Pécuchet

 

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Portrait de Gustave Flaubert vers 1856, par Eugène Girard (1806-1881), Château de Versailles, Wikipédia CC.

 

Quand Bouvard et Pécuchet démarrent une réflexion sur le Beau...

Les deux compères se font envoyer des ouvrages sur le sujet. Ils travaillent chacun de leur côté et se communiquent leurs réflexions. Voilà ce que Flaubert relate de leurs échanges.

D’abord qu’est-ce que le Beau ? Pour Schelling c’est l’infini s’exprimant par le fini, pour Reid une qualité occulte, pour Jouffroy un trait indécomposable, pour De Maistre ce qui plaît à la vertu ; pour le P. André, ce qui convient à la Raison. Et il existe plusieurs sortes de Beau : un beau dans les sciences, la géométrie est belle, un beau dans les mœurs, on ne peut nier que la mort de Socrate ne soit belle. Un beau dans le règne animal. La Beauté du chien consiste dans son odorat. Un cochon ne saurait être beau, vu ses habitudes immondes ; un serpent non plus, car il éveille en nous des idées de bassesse. Les fleurs, les papillons, les oiseaux peuvent être beaux. Enfin la condition première du Beau, c’est l’unité dans la variété, voilà le principe. 

Cependant, dit Bouvard, deux yeux louches sont plus variés que deux yeux droits et produisent moins bon effet, – ordinairement. Ils abordèrent la question du sublime. Certains objets, sont d’eux-mêmes sublimes, le fracas d’un torrent, des ténèbres profondes, un arbre battu par la tempête. Un caractère est beau quand il triomphe, et sublime quand il lutte. – Je comprends dit Bouvard le Beau est le Beau, et le Sublime le très Beau. Comment les distinguer ? – Au moyen du tact, répondit Pécuchet

« Et le tact, d’où vient-il ? – Du goût ! – Qu’est-ce que le goût ? On le définit un discernement spécial, un jugement rapide, l’avantage de distinguer certains rapports. – Enfin le goût c’est le goût, – et tout cela ne dit pas la manière d’en avoir. Il faut observer les bienséances ; mais les bienséances varient ; – et si parfaite que soit une œuvre, elle ne sera pas toujours irréprochable. – Il y a, pourtant, un Beau indestructible, et dont nous ignorons les lois, car sa genèse est mystérieuse. » 

Puisqu’une idée ne peut se traduire par toutes les formes, nous devons reconnaître des limites entre les Arts, et dans chacun des Arts plusieurs genres. Mais des combinaisons surgissent où le style de l’un entrera dans l’autre sous peine de dévier du but, de ne pas être vrai. L’application trop exacte du Vrai nuit à la Beauté, et la préoccupation de la Beauté empêche le Vrai. Cependant, sans idéal pas de Vrai ; – c’est pourquoi les types sont d’une réalité plus continue que les portraits. L’Art, d’ailleurs, ne traite que la vraisemblance – mais la vraisemblance dépend de qui l’observe, est une chose relative, passagère. »

 Ils se perdaient ainsi dans les raisonnements. Bouvard, de moins en moins, croyait à l’esthétique. 

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Illustration de Bernard Naudin (1876-1946) dans "Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet", Édition du Centenaire, Librairie de France, 1923, Wikipédia CC.

 

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