D'où viennent le mot et l'expression "boucan" et "faire du boucan" ?
Boucan : bruit, vacarme, tapage; faire du boucan : avoir un comportement bruyant ou tapageur.
Les sources croisent plusieurs éléments, sans d'ailleurs trop nous éclairer sur leur jonction dans le temps. D'abord, le boucan, dérivé d'un mot qu'on rencontrait dans les Caraïbes, terres de pirates bien connues - au point qu'on assimile les "boucaniers" aux pirates de façon quasi synonyme -. Ce terme désignait un gril à fumer la viande des bœufs sauvages. Donc, les boucaniers "boucanaient" la viande, et ne détestaient pas s'adonner à force beuveries dans des lieux mal famés où l'on faisait forcément du vacarme.
Et puis, on rencontre dans la littérature non exotique et les analyses sémantiques savantes, une autre explication du boucan, à savoir un dérivé de "bouc", et ceci sous plusieurs formes dialectales. Il faut dire que vers les XV-XVIèmes siècles, le bouc était plutôt vu comme un animal qui, non seulement sentait mauvais, mais s'apparentait fort à la débauche. "Boucaner", imiter ou faire le bouc, était donc se conduire de façon détestable en fréquentant les mauvais lieux, et sans doute les filles de mauvaise vie. Dès lors, rien d'étonnant à que "boucan" en vienne à désigner de tels lieux et être synonyme de bouge, de bordel. Et que faisait-on dans ces lieux de perdition et de beuveries ? Du bruit, du vacarme, du tapage, évidemment, d'où la dérivation progressive du mot et de la locution correspondante vers cette signification.
Daniel Confland
Quelques sources :
https://www.littre.org/definition/boucan
https://fr.wiktionary.org/wiki/boucan
https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9B1650
Une définition personnelle du mot boucan, que je n'ai aucunement "piratée" !
Boucan : protège-oreilles utilisé par le boucanier lorsque le vent, soufflant avec force dans les grands-voiles, produisait un sifflement douloureux dans ses écoutilles ; un exemplaire du boucan est exposé au Musée de la Marine.
Quelques citations en complément
- Nous menions grand boucan de roues derrière ce cheval tout en sabots, de caniveaux en passerelles. (Ferdinand Louis Céline, Voyage tout au bout de la nuit).
- Avec Gaudet, j'allais crapuleusement, les dimanches et fêtes, de boucans en boucans, cherchant quelque fille plus fraîche que les misérables paillasses que nous avions ordinairement. (Nicola Restif de la Bretonne, Monsieur Nicolas).
- Le chic n’était plus d’aller faire du boucan à Bullier, de rouler les cafés-concerts pour y siffler les chanteuses laides. (Emile Zola, Au bonheur des Dames).
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